N'DIEMANE, 100 oasis dans le Sahel, c'est possible???

Publié le par le grain voyage

N'diémane et le projet oasis.
Nous nous sommes arrêtés à N'DIemane, un village situé à 45 km de M'Bour, au sud de Dakar à une dizaine de km de la bordure atlantique. Loin du luxe de la petite côte sénégalaise, nous avons découvert un superbe campement mis en oeuvre par plusieurs associations :
-AFAFA (Aide aux Femmes Africaines par la formation à l'Agro Ecologie et son Président El hadj Hamath Hane depuis 1993
-SPS (Sahel People Service et son Président Pierre Gevaert sur le projet depuis 2005
-Terre et Humanisme et Anita Pelligrini

Blaise DIouf en est l'interface active, puisque sur place, il est l'animateur du projet tant au niveau de la dynamique villageoise que de l'accueil de "visiteurs-stagiaires".  Après un parcours atypique, des études de lettre modernes et de grammaire à l'Université de Dakar, il a exercé différentes fonctions dans l'enseignement, l'animation, le développement qui l'ont conduit aujourd'hui, là où était ses racines, à N'DIemane, le village où vit sa grande famille et où petit il venait pendant l'hivernage pour cultiver. C'est avec lui que nous avons longuement échangé, au jour le jour, et qui nous a introduit avec beaucoup de confiance dans son univers...

Un peu d'histoire :
C'est en 2007 que Blaise DIouf a investi ce lieu, en prolongement, à la suite de l'action précédemment mené par El Hadj Hate Hamane (AFAFA) qui travaille sur ce projet depuis 1993.  Frère du chef du village, Blaise qui dit ne pas aimer l'enseignement, "professe" ses convictions avec ferveur auprès de ses pairs. Reboiser, se nourrir de ce que l'on cultive, gagner indépendance et autonomie en vendant le surplus des récoltes, redonner à la terre ce qu'elle nous donne, sans engrais, ni  pesticides, tels sont le sujet de ces palabres, de ces "Grains"...

Concrètement, à force de persévérence et après avoir essuyé quelques échecs (premières plantation ravagées par les chèvres, désintéret des gens du village dans un premier temps, destructions prématurées des fourneaux à économie de bois, très vite abîmés), le projet a pris forme, a pris corps...

Habituellement, les cultures se faisaient pendant l'hivernage (de juin à septembre), époque de la culture de céréales et de légumineuses (mil, niébé, sorgho...) qui sont stockées dans les greniers pour la saison sèches. La culture maraîchère a été progressivement abandonnée à cause de la sécheresse que les différents  programmes de reboisement n'avaient pas permis d'enrayer.

Comment ils ont fait?

Aujourd'hui, c'est une centaine d'oasis d'un hectare environ qui ont conquis de l'espace sur le désert. La technique agricole et la méthode de formation agricole, simple et ingénieuse, responsabilisante, à portée du plus grand nombre et très respectueuses des coutumes locales et  de la façon africaine de transmettre le savoir est d'une grande pertinence étant donné les résultats
:

-l'octroi d'un terrain par le conseil rural si besoin
-la demande de financement d'un puits en micro crédit et remboursable sur trois ans à
SPS
-la mise en place par le cultivateurs d'une haie de protection contre le bétail par la cloture de l'oasis avec des végétaux adaptés (euphorbes, jujubiers, arpagon, prosopis)
-la plantation d'anakardiers (arbres à cajous), de manguiers, de goyavers de jujubiers, d'acacias, de prosopis, pour reboiser, protéger les sols et recréer à plus long terme un micro climat favorisant la protection de la nappe phréatique.
-la culture maraîchère, le paillage, le compostage quin remplace le brûlis...
-la réalisation de diguettes à chaque fois que nécessaire pour éviter le ruisselement de l'eau
-la remise en question de sa pratique, le questionnement, la démarche expérimentale pour remédier en amont aux maladies, aux manques...

Avec beaucoup d'humilité, de modestie, Blaise connait aussi ses limites d'animateur. Ayant été à l'école et n'ayant pas grandi au village, il se dit parfois limité dans la communication. Il s'entoure alors de "relais" pour poursuivre le travail de communication, d'argumentation, de dialogue. Il ne sera plus tout seul pour assurer sa mission, puisque Thielem, spécialiste de la santé l'a rejoint.

On revisite ici, en milieu sahélien, le fait qu'à chaque terroir correspond sa culture. Le vétiver qui était adapté au sol sablonneux du Burkina pour brise le vent des cultures et permettre l'assimilation de CO2
 a ras du sol par les plantes n'est pas pertinent ici : dans le sol argile de N'DIemance, il a besoin de trop d'eau...

C'est l'expérience, la mise en pratique de savoir faire, le respect du terroir, qui  permettront aux générations à venir de cultiver demain. Telle est l'ambition de ce centre de formation. Pour Blaise, 30% des objectifs ont été réalisés...Pas le moindre, puisque qu'il a permis le retour à la terre de plusieurs paysans, le retour de la ville aux villages des jeunes. Aujourd'hui des personnes, devant le succès de leurs voisins,   se sont mis également à cultiver en oasis, en imitation, sans formation. Le centre est ouvert à tous le samedi matin pour s'approprier la technique du  compostage. 

Des perspectives, il y en a. Un projet métallurgique pour la fabrication sur place de fourneaux, un projets de productions de semences alternatives, un programme de formation, une bibliothèques pour le centre de ressources, un projet de transformation pour conquérir l'autonomie...


Quelques repères, quelques éclaicissements.


-Ici, même si les propriétés privés se multiplient de plus en plus, beaucoup de terres appartiennent à l'Etat. C'est le Conseil Rural (élus de la commune) qui a cette compétence d'attribution des terres, dans le cadre de la décentralisation.

-Le coût de creusement d'un puits est de 15 000 à 20 000 CFA le mètre. La chance de N'DIemane, est que l'eau est proche, à moins de 10 mètre. C'est un micro crédit entre 120 000 CFA -150 000CFA) qui  permet l'acquisition de ce puits. L'entretien à long terme est de la responsabilité du propriétaire, le chef du village est garant du remboursement. Aujourd'hui, aucun incident de remboursement n'a eu lieu,  et la fin de l'échéancier est prévu pour la fin de l'année pour le premiers souscripteurs.

Publié dans Agroécologie

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jean marie 22/02/2015 16:11

la sécurité alimentaire ou la souveraineté émanera des principes de l'agro écologie et présentera un impact positif sur le changement climatique