Du solaire en pays Dogon ...

Publié le par le grain voyage

23 avril 2009, Ende Wô, Pays Dogon

Notre premier projet concret en passe d'être bouclé !
Notre ami Housseini nous a proposé un projet d'installation solaire sur son campement, dans son village de Endé. On a foncé avec lui, voilà les résultats de nos premiers travaux ...

Nous avons retrouvé Housseiny Guindo, 27 ans, Jeudi dernier à Bamako.
Nous l'avons rencontré il y a 4 ans, lors de notre premier voyage au Mali. Tout jeune à l'époque, il tentait sa chance « en ville », à Mopti, pour trouver quelques touristes à qui faire visiter son « pays Dogon », haut lieu de la culture traditionnelle africaine, et aussi du tourisme au Mali. Nous avions rencontré plusieurs « guides » potentiels, Celui-ci nous avait paru plus franc, sincère, et moins « commercial ». Notre séjour avec lui s'était très bien passé, nous nous étions donné quelques nouvelles par téléphone, et nous l'avions reccommandé auprès de Coutie et Maël à l'automne dernier.

Nous l'avons retrouvé mûri, son travail s'est développé. Il a créé son « campement » (auberge traditionnelle du pays Dogon, en terre crue), est soutenu régulièrement par une association animée par un de ses amis allemand, et est aujourd'hui « coordonnateur de projets scolaires» pour la région. Il a suivi régulièrement par le net la création de notre Grain, et notre voyage jusqu'à Bamako.

Un contexte d'isolement

Après les retrouvailles (chaleureuses), il nous soumet son projet :
Son village, Endé, vit essentiellement d'un agriculture plus ou moins autarcique, mais il est aussi très touristique, on y trouve des fabriques de « bogolan et d'indigo» (tissus traditionnels), des sculpteurs sur bois, des forgerons, et déjà pas mal de campements touristiques, qui fonctionnent en gros de juillet à mars (nous sommes en pleine saison chaude, les blancs se font rares à 40 ° !)
Mais les équipements collectifs pour les villageois sont toujours aussi sommaires. Si l'école semble fonctionner correctement, l'électricité est absente (sauf quelques concessions munies de groupes électrogènes ou de quelques panneaux solaires ne fonctionnant généralement pas ou mal), l'eau est au puits (heureusement bien approvisionné), et surtout les voies de communication sont très mauvaises : le poste de santé est à Bankass, petite ville à 13 km, mais la pistes pour y parvenir est homérique : une dune à passer, un chemin totalement ensablé. Seules passent les charrettes à boeuf ou âne (3 heures de voyage en plein soleil, nous avons testé !), un vieux 4X4 à grosses roues, et, miracle, les jakarta et autres petites moto 125, que les gens d'ici conduisent à toute allure pour éviter l'ensablement, mais à quel prix (danger et secousses, nous avons aussi testé !) Il existe une autre voie pour rejoindre une piste empierrée, en direction de Kani Kombolé, puis de Bandiagara, le chef lieu, mais l'état de la piste est encore bien pire (nous avons toujours testé !) Bref, l'isolement total, souligné dans un article de presse paru il y a quelques jours dans un journal local signalant le très fort taux de mortalité lors d'accouchements dans cette région, les femmes accouchant sur la charrette ou la moto pendant le déplacement ! Cette situation semblant être acceptée comme un fait accompli par une population qui, apparemment, ne demande rien. (ainsi, un barrage a été créé il y a 4 ans pour permettre l'allongement de la durée de culture, il s'est écroulé à la première pluie, il vient d'être reconstruit ... tout ça sous le regard circonspect (goguenard ?) des dogons ..)

Quelques outils « modernes » sont aussi apparus ici, la Djakarta, le frigo à gaz, et l'inévitable téléphone portable (réseau faible mais existant). Avec un problème : comment recharger les portables sans électricité ? Deux solutions, soit aller à Bankass charger ça chez un cousin (donc, 26 kms de piste aller + retour), soit bricoler la batterie de la Djakarta, recharger le portable, puis aller faire un tour en moto pour recharger la batterie (sinon, panne !) Un autre « campement touristique » propose de charger les portables avec son groupe électrogène, « mais aujourd'hui c'est gâté « (cassé !)

Un projet qui nous plait bien

Donc, le projet d'Housseini :
 Installer un système solaire avec 2 objectifs : alimenter en lumière son campement, et permettre le chargement des portables et autres appareils photo ou camescopes des touristes (à 100 CFA la recharge). Il sollicite notre aide, à la fois pour choisir l'installation, mais aussi pour financer son équipement sous forme de crédit ...

Accompagnement de projet  ?...

S'ensuit une très longue discussion qui durera trois jours, et dure encore, entrecoupée de longs silences, de changements de conversation, de regards fuyants ou hagards ... manifestement nos points de vues et modes de pensées sont éloignés ... pourtant une solide amitié et une sacrée complicité nous lie ... Pour Housseini (et pour bon nombre d'africains nous semble t'il ), c'est simple : on achète, on branche, et ça marche, inch allah !
Pour nous les toubabs, c'est toujours beaucoup plus compliqué ...
définir les besoins, choisir les procédés (12 ou 220 v, ampoules ou leds, par exemple), se renseigner, demander des avis, bombarder les commerçants de questions, et puis ensuite établir des budgets, prévoir les ressources, les échéances de remboursements, faire faire des devis, demander l'aval du CA du grain, rechercher les financements, organiser la transmission des fonds, tout ça c'est long, compliqué, ça prend du temps ...
Nous justifions tout ça auprès d'un Housseini perplexe, en lui citant les nombreux cas d'installations solaires et autres faites à la vite ou en dépit du bon sens et qui ne marchent pas, véritables gouffres à fric, déçoivent et découragent tout le monde, et décrédibilisent la notion même d'entraide ...

En temps qu'amis, et financeurs, nous voulons que son système soit adapté, performant, fiable, durable, efficace, sécurisé, et que Prévoir tout ça prend du temps. Ce terme ne semble pas faire partie de sa manière de voir. Peu à peu, en discutant, nous finissons par nous mettre d'accord, rencontrer un installateur à Mopti, un autre commerçant (aujourd'hui même, beaucoup plus pointu) à Bamako.
Les budgets varient de 1,2 million de FCFA à Mopti, à 665 000 à Bamako, (à priori moins cher et plus adapté).

 Ce projet est assez exemplaire de notre point de vue, et assez conforme à toutes nos réflexions et recherches :
- nous accompagnons une personne connue et de confiance
-  il s'agit d'un projet privé certes, mais qui engage plusieurs personnes (les employés d'Housseini, et les habitants pour le service de la charge des protables
- c'est un projet écologique (énergies renouvelables)
- il est porteur de ressources nouvelles pour son initiateur (la recharge des portables, estimé à plusieurs centaines de milliers de FCFA par an)
- il permet un point lumineux pour le village (le premier !)
- le débat et les échanges d'accompagnement ont été longs, détaillés et très fructueux. Chacun a compris et accepté les limites de l'autre.
- le investissement sera partagé entre le Grain et Housseini lui-même qui investira une partie de ses recettes.
- après accord du CA du Grain, un contrat de prête d'honneur sera établi.
- Hélas, il nous aurait fallu être sur place plus longtemps, mais nous allons pouvoir rester en contact jusqu'à notre départ pour finaliser tout ça .. pour les photos, cliquer ici


La ministre sénégalaise (voir le blog du Grain ...) Mme N'Diaye Ba, à Privas, insistait sur la nécessité d'accompagner les projets de financement ici. Nous comprenons aujourd'hui ce que cela veut dire ...

Gilles
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isa 12/05/2009 22:55

Je viens de prendre connaissance de cet article, et bien beau boulot déjà, bravo!!!! TT cela me paraît effectivement conforme au projet du grain...Réalisation au Mali, en pays Dogon,bien bien!!!!
Alors on va palabrer à votre retour ...
A + o))
Isa