Nouvelles du festival mandingue

Publié le par le grain voyage

Carnet de route, 4 avril 2009, Bamako / Kéla

 

C'est un Ibrahima bien peu en forme que nous avons retrouvé, un peu désespéré :  « plus de sou » et beaucoup de soucis...

La saison chaude, dure, dure, mauvaise saison pour le tourisme, d'autant qu'il n'a pas eu de grand circuit la saison dernière pour remplir les caisses. Premiers effets de la crise en Occident, une baisse du tourisme? Sa deuxième ressource, la couture dans un atelier de Bamako. Au moment où on le rencontre, il va à l'embauche, mais pas de travail : des commandes qui n'ont pas été payées, et des travaux que lui avait réalisé pour son compte qu'il n'a pas réussi à vendre...

 

Ceci dit, il a été très content de recevoir les graineurs, Coutie et Maël, ainsi que David et son fils. Les ressources apportées par le campement permettent de couvrir les frais de fonctionnement (location du frigo gaz à 50 000 FCFA par an) et donc de faire travailler quelques personnes : femmes du village qui remplissent le château d'eau, son frère Modibo, handicapé, qui s'occupe du bar, une cuisinière, sans compter les musiciens griots qui jouent ou proposent des stages aux touristes. Depuis notre dernière rencontre en 2008, il a investi dans des latrines, une cuve à eau en plastique pour les douches et a réalisé un site web. Une famille venue en vacances à Kéla lui a laissé une voiture, ZX, qui sera une ressource pour lui pour diminuer les coûts de déplacement de touristes dans l'organisation de ces futurs voyages. En attendant, elle ne peut pas rouler puisqu'il faut régler le dédouanement. Sans se papier, il lui faudrait bakshisher très cher pour circuler.

 

En ce moment de crise, il retournerait bien au village se ressourcer. A Bamako, sans pouvoir se déplacer, sans travailler, il n'y a pas grand intérêt à être sur place. Et pourtant, difficile de retourner au village en venant de la capitale, sans un sou en poche. S'il y laisse la voiture, il sera sollicité pour transporter des personnes, servir d'ambulance ...

 

Toujours attaché à son festival, il n'a hélas pas eu les ressources financières cette année pour organiser une nouvelle édition. Il a préféré investir l' argent qu'il avait mis de côté, ainsi que la vente de sa moto, dans les soins médicaux pour son meilleur ami, qui souffrait de calculs rénaux.

 

La dernière édition date donc de février 2008, ou un groupe de 7 italiens ont pu profiter des animations musicales, théatrales, proposées par les familles de griots de Kéla. voir le programme qui avait été édité pour l'occasion. Pour 2010, il a un groupe prévu en janvier. Il pense se servir des recettes qu'ils dégagera de ce voyage pour investir à nouveau, sur ses fonds propres dans une nouvelle édition.

 

Constituer une association ne semble pas d' actualité. D'autant que nous apprenons, au fil de notre voyage, que pour obtenir ce papier officiel, c'est un véritable parcours du combattant...

 

Toutes les démarches auprès des ministères, des élus locaux dont il était question lors de notre précédent voyage en 2008, n'ont abouti à aucune subvention. Il dit ne pas avoir les « ressources intellectuelles » et n'a trouvé aucune aide dans les différentes administrations pour constituer son dossier. Ce sont ses amis toubabs, une belle soeur hollandaise qui l'ont aidé, à chaque fois dans ses démarches et dans la rédaction.

 

Nous abordons la problématique de l' argent. Il tient toujours autant à la gratuité de son festival, condition imminente pour que les populations viennent. Nous essayons d' avancer l'idée que des répercussions économiques se jouent aussi sur un tel événement : les femmes vont vendre des repas, les musiciens vont gagner des cachets, la toute petite épicerie locale vendra des biens de petites consommation, les agriculteurs des produits de leur jardin, les pêcheurs leurs poissons...

 

Est-il pertinent ici de demander à la population de Kéla, très pauvre, dans un village où il n'y a pas l'électricité, où le dispensaire n'est que très peu équipé, de se cotiser également pour que la prochaine édition puisse avoir lieu?

 

 

 

 

 

Publié dans Tourisme Culture

Commenter cet article