Rien ne se perd, tout se transforme : un projet de séchage solaire pour le grain?

Publié le par le grain voyage

28 mai, Fandène, (Sénégal)

 

Une piste ensablée sous un soleil de plomb, une femme avec une bassine de mangues sur la tête : d'où vient-elle ? où va-t-elle  ?  Pourquoi n'utilise-t-elle pas l'âne et la charrette familiale, seul moyen de locomotion adapté (à part le 4X4, et encore ...) ? Comment vont arriver ces mangues sur les marchés locaux?

 

Depuis quelques années seulement, l'âne et la charrette sont le moyen de locomotion dont dispose le plus facilement chaque famille. Seulement, la famille africaine étant très élargie, ce sont plus d'une dizaine, une vingtaine de personnes qui doivent se la partager.  Nous sommes très loin d'une voiture pour chaque membre de la famille nucléaire occidentale !

A l'heure où l'on parle d'écologie chez nous, ici, cet état de fait ne vient évidemment pas faciliter l'écoulement des denrées agricoles de manière équilibrée sur tout le territoire et il n'est pas rare que les paysans renoncent à cultiver, que les jeunes filles partent en ville trouver une place de bonne, faute de pouvoir écouler leur production ... entre autres... 

Pourtant, des solutions sont trouvées, grâce au système «D » : des taxis qui relient de petits villages aux villes, acceptent de prendre des seaux de légumes moyennant un petit dédommagement et de les livrer à un point de rendez vous précis où quelqu'un vient les récupérer (heureusement, qu'il y a le portable!). Le coffre d'une R21 n'étant pas immense, le trafic des taxis n'étant pas important, ça reste marginal.  Pendant l'hivernage, il est même impossible de circuler sur les pistes, même avec une charrette. Du coup, les rares paysans qui trouvent l'énergie, en plus de la cultures du mil, traditionnelle pendant la période des pluies, de poursuivre le maraîchage pour gagner un peu plus, ne peuvent même plus trimbaler leurs légumes jusqu'au marché ....

 

A plus grande échelle, les difficultés ne sont pas moindres. De ville à ville, le réseau bitumé est parfois totalement dégradé (l'axe Tambacounda-Kaolack, par exemple, qu'on a emprunté en bus pour revenir de Bamako à Dakar, de nuit, entre les arrêts, les nids de « gros dindons », les contrôles de flics ou de douanes, nous nous sommes réveillés au petit matin, couverts de poussière...) C'est un véritable parcours du combattant pour écouler les produits de Casamance (région très agricole) vers Dakar, ou alors du Mali vers le Sénégal, le Sénégal étant loin de l'auto-sufffisance alimentaire. 

 

Une autre réalité, au Nord du Sénégal, à Saint Louis, des contrats sont passés avec les pays occidentaux pour l'export de tomates, melons et autres légumes produits ici. Alors en ce mois de mai, par exemple, l'exportation, (très rentable pour les producteurs puisqu'on leur rachète leurs produits à des prix plus intéressants que le marché local - parfois le double), provoque une pénurie de légumes à Saint Louis pendant plusieurs mois. Pendant ce temps, à Thies, ville à 200 km seulement au Sud Est de Saint Louis, les tomates pourrissent sur le marché et sont vendues à un prix tel que le travail du paysan est à peine rémunéré.

 

Alors quelle alternative pour faciliter l'écoulement des produits agricoles, cultivés le plus souvent dans des conditions difficiles : peu d'eau, peu de mécanisation, longue distance entre les champs et les villages, attaques d’insectes?

 

Les paysans, qui savent produire, restent limités quant à la conservation, la transformation et la commercialisation de leur production : pas d'électricité le plus souvent dans ces zones. Pas de frigo, pas de congélateurs. Et même si l'électricité était là, la facture resterait trop élevée pour la majorité des villageois. La commercialisation se limite au marché local, sous forme de produit frais, qui évidemment, avec la chaleur et les conditions de transport, s'abime très vite (tomates écrasées, pourries, mangues qui tournent ...)

Leur seule technique de conservation, c'est le séchage au soleil, limité à quelques produits (le poisson, rarement la viande, le petit piment, quelquefois le gombo, les fleurs de bissap pour la boisson du même nom)

 

Alors on a réfléchi au système du séchage solaire, qu'on a déjà vu au Burkina (la Coopake), au Mali avec les femmes du projet « Tamani », chez Oumar Diabaté ... et efficace aussi en France (Philippe, le frère de Gilles, a fabriqué et utilisé un séchoir solaire en Auvergne pendant dix ans, on va lui proposer de faire un article sur cette réalisation, et pourquoi pas, reproduire ça ici ...), afin d'élargir la gamme des fruits et légumes séchés : mangues, papayes, bananes, tomates, oignons, gombos, poivrons, haricots, aubergines ...

 

-Avec le soleil qui chauffe ici, aucun problème, et quelle économie d'énergie !

 

-La commercialisation des denrées séchées hors saison, en particulier au moment des pénuries serait d'un rapport tout à fait intéressant. Il permettrait également de donner une activité économique aux femmes, limitant  l'exode rurale, et donnant des ressources pour les soins et la scolarisation.

 

-L'appropriation de cette technique simple dans les familles, permettraient entre autres de consommer des produits ayant gardé beaucoup de leur vitamines même en période où la culture est difficile (hivernage).

 

C'est ce que Gilles a voulu expérimenter à Fandène, en fabriquant un séchoir à partir de matériel trouvé sur place (bois, tôle, toile métallique).
Voir aussi le diaporama : link

 

L'expérience a été concluante au niveau du résultat : les tomates séchées étaient succulentes.

 

 
Evidemment le principe n'est pas parfait, il faudrait :

-         améliorer la robustesse du système

-         former à l'entretien et à la fabrication ...

-         que les femmes soient partis prenantes (ce ne sera pas le plus difficile semble t-il)

-         qu'elles s'accomodent d'une nouvelle façon de cuisiner, tout en respectant les recettes locales

 

Reste à réfléchir à ce qui serait le plus judicieux ...

 

-         mettre au point un système le plus simple et le moins onéreux possible, à diffuser dans chaque famille (problème de formation des femmes, de mesures d'hygiène, de conditionnement, de conservation des sachets), de microcrédit pour l'acquisition du séchoir

-         créer un GIE avec une implantation d'un séchoir collectif semis industriel, avec locaux pour le lavage, la pluche, la découpe, la mise en plateau, puis le séchage, le conditionnement et la commercialisation, (gros boulot !), avec un investissement assez lourd au départ, la création de pas mal d'emploi, la garantie de rémunération pour les producteurs/coopérateurs, bref une petite entreprise agroalimentaire au service des paysans ...

 

Bref, encore des projets en perspective !

 

Céline et Gilles

 

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Nicolas Réméné 14/01/2010 13:54


Félicitation pour vos démarches ! Je vous souhaite plein de réussite pour vos projets, beaucoup de bonheur, santé et paix pour 2010. Vous trouverez quelques informations sur nos activités en terme
de séchoirs solaires sur le site de l' association.

http://www.solafrika.com/spip.php?page=techniques

Kambe !

Nicolas