MC et son restau.

Publié le par le grain voyage

Bamako, le 23 avril 2009

 

Mohammed, nous l'avons rencontré il y a quatre ans lors de notre premier voyage. Il était alors employé de l'auberge où on logeait à Bamako. Sympathique, ouvert, aimant blaguer, il avait aussi la disponibilité d'accueil, et il savait répondre rapidement aux demandes des clients: un évier qui est bouché, la clé de la chambre coincé...bref, toutes les petites tracasseries et les petites choses qui arrivent au voyageur. Il voudrait changer d'activité...

 

Un parcours assez typique, puisqu'il est originaire d'un village très enclavé au Nord du Mali, Bamba. D'origine songhoï, peuples d'éleveurs, d'agriculteurs semi nomade  à la recherche de l'eau dans ce milieu aride, il a grandi à Gao où il a été scolarisé «  il a eu  la chance » par rapport à ses frères restés à la maison. De là, comme beaucoup de ses cousins, il arrive à Bamako pour finir ses études à l'école Normale, métier qui ne lui plait guère par les temps qui courent.... mais cela nous avait donné l'occasion de premiers échanges.

 

Cette année, nous l'avons retrouvé, mais pas employé cette fois : « finit ça, ça gagne pas assez » (forcément, à 40 000 de salaire, pas évident quand on doit en envoyer une partie à la famille, payer une chambre même si on la partage, voir contribuer au financement d' une partie de l’école du village, voir son blog link  ...)

Son nouveau job, « sur ses jambes », comme il dit...autrement dit, depuis que le portable est arrivé et a révolutionné la vie ici, il court de business en business, tantôt à vendre des pneus de mercedes, tantôt des ordinateurs portables. A négocier avec le vendeur, à trouver le client, et à négocier avec l'acheteur. Besoin de rien, du crédit sur le téléphone, un bon carnet d'adresses, et de bonnes jambes!!!! De quoi renouer avec le nomadisme ?

 

A nouveau, MC qui dit avoir dû mal à se stabiliser dans une activité entend parler d'une connaissance à lui qui veut vendre son restau, mais « c'est pressé ». Il se projette déjà dans une vie de chef restaurant. L'idée de ne plus courir à longueur de journée n'est pas sans lui déplaire. Envie de se poser?

On le voit donc, arriver, un beau soir, pour nous expliquer son projet et nous demander de lui prêter de l'argent pour....le lendemain!

On passe un temps certain à réfléchir à son affaire, très sceptique sur la rentabilité, et surtout sur la précipitation dans l'achat. Lui, très enthousiaste  « mon oncle va me prêter des casseroles, j'embaucherai ma cousine pour faire cuisinère, et puis moi, je continue mon business... »

A vrai dire, on a été un peu raide, et on l'a beaucoup découragé....en lui rappelant en quoi consistait le microcrédit.

 

La semaine suivante, après avoir suivi les conseils de son oncle qui le poussait dans cet achat, une fois l'argent versé, les papiers signés, les clés en main, il se rend sur place...Il trouve la famille du vendeur, devant le restaurant, qui avait changé les serrures en annonçant à Mohamed « Notre fils ne nous avait pas consulté pour cette vente, et nous ne sommes pas d'accord »...

 

Et voilà, un dossier de plus sur le bureau du commissariat de police de Bamako!!!!

Qui aura le dernier mot????

 

 

Des discussions fortes intéressantes, où notre façon d'entreprendre est différente.

 

Sous ces latitudes, la tendance est plutôt au vite, vite, vite...

Le commerçant des panneaux solaires à Mopti nous fait remarquer : « Vous les blancs, vous parlez, vous posez beaucoup de questions. Le noir il vient, il achète, il revient le lendemain et dit :

- Ca marche pas, rend moi mon argent.»

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article